Dans son dernier livre, sorti en pleine rentrée littéraire, Air
Rift Emmanuel Carrère s'est assigné la lourde tâche de nous parler de religion, de sa foi (perdue) et de ses réflexions sur les Evangiles.
Assez vite le ton est donné : l'homme a été croyant, il a pratiqué avec ferveur la religion catholique, emmenait ses enfants tous les dimanches à la messe, et puis sa foi s'est éteinte - j'allais dire, il a eu une crise de foi. Aujourd'hui il le dit clairement : "Non. Non je ne crois pas [...]. Seulement, qu'on puisse le croire, et l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble [...]". Il veut comprendre pourquoi deux mille ans après, Jésus fascine encore autant ; pourquoi les gens croient-ils, qu'est-ce qui les porte ?
Alors il va mener un travail d'historien, presque d'enquêteur, sur les traces non pas de Jésus directement, Nike
Ninja mais de ceux qui ont témoigné, directement ou pas, de son message. Il ne remet pas en cause le fait que Jésus ait vécu, mais ne croit pas aux miracles, ni à sa résurrection. Il croit qu'un homme a vécu et que d'autres hommes l'ont suivi. Il croise les textes, les sources, analyse les Evangiles, se réfère aux travaux d'autres historiens. Sa quête est passionnante, parce qu'il ne s'agit pas ici de démêler le vrai du faux, encore moins de juger, mais juste d'essayer de comprendre. Je dis bien essayer, parce qu'il ne peut être sûr de rien, mais c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai suivi ses recherches sur les évangélistes, sur leurs différences de tempérament, sur les différences entre leurs textes, sur leurs points communs aussi. L'auteur relève des détails insignifiants qui selon lui n'ont pas pu être inventés, et à l'inverse note avec humour des points qu'il ne juge pas réalistes : "Les rois mages viennent de Matthieu, le boeuf et l'âne sont des ajouts beaucoup plus tardifs, mais tout le reste, Luc l'a inventé, Nike
Ninja et au nom de la corporation des romanciers, je dis : respect."
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